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L’empereur Charles Quint a dit un jour : « Je parle français à mes diplomates, italien à mes maîtresses, espagnol à Dieu et allemand pour faire avancer mon cheval ».

Beaucoup de chercheurs issus de disciplines variées (linguistes, psychologues, neurologues) se concordent à dire que : la langue que nous parlons influence notre façon de penser et de concevoir la réalité. Ca s’appelle l’hypothèse de la relativité linguistique.

C’est fascinant ! Ca veut dire que les rapports qu’on entretient avec les objets et les gens, nos pensées, la façon dont nous percevons le monde, sont structurées par notre langage. Et ceci dès les premiers mots qu’on entend (Bonjour mon petit trou du cul, c’est papa qui te parle.)

Évidemment, on peut toujours envisager l’hypothèse inverse : que c’est le langage qui reflète la manière de penser d’un peuple. Ou les deux qui s’influencent mutuellement. Dans tous le cas, certaines langues seraient mieux adaptées que d’autres sur certains domaines. Prenons en exemple quelques langues :

  • Les Russes possèdent 2 noms différents (Goluboy et Siniy) pour désigner ce que l’on appelle communément « bleu ». Et cela les rends plus rapides que les autres pour distinguer les différentes nuances de bleu. Cet exemple peut vous paraître anecdotique mais ça ne l’est pas, car la zone du cerveau qui traite les couleurs étant très sollicité depuis l’enfance, leur vision des couleurs et plus affutée. Le monde s’en trouve focément changé.
  • Des travaux expérimentaux montrent que le langage a aussi un effet sur la perception des émotions. Prenons l’exemple des portugais ils ont beaucoup de mots pour décrire les émotions, bien souvent intraduisibles. Comme par exemple la « saudade » qui décrit une émotion qu’il faudrait plusieurs minutes pour expliquer en Français. Pourtant, c’est une émotion dont les portugais parlent et qu’ils ressentent tous les jours. Ils ont même un style musical traditionnel (la fado) qu’ils aiment écouter dans le but de provoquer cette fameuse émotion, jusqu’à en pleurer, et ça leur plait.
  • En plus d’avoir plein d’adverbes de degrés dans leur langue (leggero, duro), les italiens utilisent très souvent la duplication de mots (comme en français : vite vite, entrez entrez) mais en bien plus étendu. Ils utilisent aussi le superlatif absolu (bellicima, velocissimo). De plus l’intensité du ton dans apporte une dimension émotive. (bella bella, andiamo). En jaugeant l’intensité et l’émotion avec précision, on comprend pourquoi les italiens sont loin d’être froids. De plus, l’utilisation des gestes, apporte une dimension théâtrale ! Tout est spectaculaire en italiano, et le romantisme est tout de suite plus facile.
  • Contrairement à l’italien, le japonais a peu de mots pour exprimer des désirs ou préférences personnelles. Il n’est pas courant de poser des questions directes à qqn sur ce qu’il souhaite. (à l’exemption de la famille ou des amis intimes). Si vous posez une question directe à un japonais, sur le lieu d’un rendez-vous par exemple, il restera évasif sur ce qui lui convient le mieux (ça m’est égal, n’importe ou, tout me convient). Bref, c’est inconvenant de dire directement ce que l’on veut.
  • A l’inverse, en anglais, il y a une multitude de mots qui ne demandent qu’à être choisis pour exprimer librement ses préférences. (et qui attendent que les autres en fassent autant). De plus le vouvoiement n’existe pas, ce qui simplifie encore l’échange.  Dans une question, votre interlocuteur anglophone donnera librement son avis s’il veut que vous fassiez quelque chose. Les anglo-saxons sont plus nuancés que les anglo-américains, mais toujours dans l’idéal de liberté individuelle mais aussi en reconnaissant l’autonomie personnelle de l’autre.
  • A contrario, une employée de banque allemande ne vous dira pas (est-ce que vous pouvez signez ici svp) mais plutôt (vous devez signer ici). A la limite elle dira (signez s’il vous plait). Le terme « müssen » (devoir) est très courant en allemand, beaucoup plus qu’en français.
  • Le français : cette belle langue, mais si difficile à maîtriser, avec des conjugaisons à n’en plus finir, et en plus il faut bien articuler. (Sans compter les sons comm « e » ou « u » qui n’existent qu’en Français). C’est une langue très complexe car elle est très riche. Elle permet également de paraphraser facilement. Une fois que vous maîtrisez un peu le français, vous pouvez donc vous faire comprendre sans peine! C’est sûrement pour ça qu’elle est parfaite pour la diplomatie ou la poésie par exemple. (pour se faire endormir par nos chers élus quoi) .
  • Un exemple de Espagnol cette fois-ci. Prenons la façon dont nous jugeons la culpabilité de quelqu’un. Imaginons que je provoque un petit incident sans le faire exprès. Si vous pensez en Français, vous êtes en train de vous dire (Il a cassé l’assiette). Mais en espagnol, le langage courant utilisera plutôt une forme passive qui ne fera pas référence au responsable ! Mon auditoire espagnol se dira donc plutôt (Se rompió el plato), (qu’on traduirait par « L’assiège s’est brisée »). Des expériences à ce sujet ont d’ailleurs été menées par des sociologues, qui ont constaté que les hispanophones avaient plus de mal à se souvenir des « responsables » que les francophones. (C’est pareil pour le japonais d’ailleurs). Ca explique peut être pourquoi ils sont moins rancuniers que les français.

Il existe environ 7000 langues vivantes à l’heure actuelle (et donc autant de manières de penser).

  • Imaginez-vous vivre parmi la tribu des Pirahã en Amazonie qui ne possèdent que 3 mots pour compter.
  • Imaginez-vous vivre avec les aborigènes Pormpuraaw en Australie, il n’existe dans la langue locale aucun mot pour dire « droite » ou « gauche » ! Pour se repérer, ils n’utilisent que les directions cardinales : Nord, Sud, Est et Ouest. Ainsi, si vous posez une fourchette et une assiette sur une table devant eux, et que vous leur demandez où se trouve la fourchette par rapport à l’assiette, ils vous répondront des choses comme « au sud-ouest » ou « à l’est », suivant l’orientation de la table. ça impose de savoir en permanence où se trouve le Nord, mais apparement ils n’ont aucun problème avec ça !
  • Imaginez-vous vivre chez les les Aymara, dans les Andes, où le passé se situe devant et l’avenir derrière ! ce qui n’est pas si bête, quand on pense que l’on peut voir le passé mais pas l’avenir ! (Par contre, en mandarin où le passé est au-dessus et l’avenir en dessous, j’ai pas trouvé d’explication).

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Un commentaire sur “L’INFLUENCE de la LANGUE – Sois pas si bêêête #1

  1. C’est avec plaisir que je découvre vos passionnantes vidéos qui touchent à peu près à tous mes centres d’intérêts. Une petite remarque toutefois, le u et le e n’existent pas qu’en français, on les retrouvent notamment dans les langues allemande et turque sous la forme ö pour e (euuu) et ü pour u. Göbekli tepe par exemple se dit Gueubékli tépé et non pas Gobékli tépé.
    Bravo en tout cas et bonne continuation

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